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Posts Tagged ‘antoino baderas’

Projetée salle du soixantième, à Cannes, hors compétition, la dernière comédie de Woody Allen évoque les thèmes récurrents de l’insatisfaction en amour et du divertissement face à la crainte qu’inspire la finitude du temps et son irréversibilité. Obsédés, les personnages le sont chacun à leur façon.

Helena (Gemma Jones), fraîchement larguée après quarante ans de mariage, cherche, auprès de sa « diseuse de bonne aventure » confirmation de la probabilité de réalisation de ses désirs. Le désir prime la liberté. Le désir est premier. Avant de désirer une personne, on désire désirer une personne. Sous une apparente légèreté, on reconnaît les influences philosophiques du réalisateur.

Alfie (Anthony Hopkins), le mari vagabond de Héléna, lutte contre la fuite du temps, la vieillesse ou cette lente issue approchante qu’est la mort. Remise en forme dans des centres sportifs, remède contre l’impuissance sexuelle, l’illusion, comme le suggère le réalisateur n’est-elle pas plus forte que les remèdes ? Alfie propose à une prostituée d’entretenir sa forme, puis se prend dans les filets de l’illusion qu’il peut et la satisfaire, et lui plaire. Force de l’illusion et violence du principe de réalité.

Sally(Naomi Watts), la fille d’Héléna et Alfie, n’admire plus son mari (Josh Brolin), médecin reconverti à l’écriture. Elle aime son patron (Antonio Banderas) qui en aime une autre. Le désir se nourrit de la distance et d’attente. La reconnaissance est obsédante, pour chacun des personnages. Héléna cherche une personne capable de reconnaître à ses aspirations ésotériques une certaine consistance. Elle aime à se dire que nous avons plusieurs vies. Jonathan, le bel étranger que rencontre Héléna, veut que sa défunte épouse reconnaisse légitime sa relation avec Héléna au cours d’une séance de spiritisme. Le mari de Sally veut voir reconnaître son talent comme une qualité et non un accident.

L’illusion est nécessaire à la vie ? S’illusionner est-ce créer un sens, celui du contournement de vérités trop abruptes ? Héléna préfère croire qu’il y a plusieurs vies, Sally s’aveugle sur la supposée réciprocité des sentiments de son patron, Alfie s’illusionne sur l’intérêt strictement pécunier de la Bimbo qui partage son lit et sa carte de crédit…L’écrivain raté finit par croire que le talent reconnu au manuscrit volé est le sien… Noyer ses angoisses dans la poursuite d’obsessions temporaires, c’est finalement le point commun de ces personnages aux histoires d’amour contrariées croisées. « La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien »,

Woody Allen cite Macbeth au commencement de sa comédie.

Reste que la quête de ses personnages a un aspect universel. Le sens est absent. La quête de sens l’obsession. Le désir, la principale passion de la raison. L’humaine raison.

Le 06 Octobre 2010 en salle.

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